"[...]Si je me souviens bien vous nous disiez que les difficultés de licencier étaient, pour beaucoup d’économistes, l’une des raisons majeures du chômage massif en France. Ils devraient donc être plutôt favorables à ces mesures…

Et bien, c’est tout le contraire. Ils sont très réservés, si ce n’est hostiles. Surtout lorsqu’ils connaissent bien la situation française et savent qu’en réalité, il est très facile de licencier pour qui sait le faire et que cela ne coûte pas très cher : vous savez qu’un licenciement dans les deux premières années d’un CDI ne donne droit à aucune indemnité de licenciement et que cette indemnité ne représente qu’1/10ème de mois de salaire par année de présence dans l’entreprise.

[...]

Quel peut être l’impact de cette mesure sur la population active?

C’est l’un des aspects les plus intéressants de l’étude de Cahuc et Carcillo. Ils montrent que ces contrats qui protègent moins bien les salariés vont se traduire par une dégradation de leur bien-être qu’ils chiffrent d’ailleurs. Elle correspondrait, disent-ils, à une diminution de 0,45% de leurs revenus. Mais ils ne s’arrêtent pas là : ils évaluent l’impact de cette diminution de revenus sur la population active et montrent qu’elle contribuerait à la réduire : un certain nombre de gens qui cherchent aujourd’hui un emploi, quitteront le marché du travail, jugeant qu’il n’est pas intéressant de travailler pour si peu. C’est un phénomène classique : on sait que la population active augmente lorsque les salaires progressent et attirent sur le marché du travail des gens qui s’en tenaient écartés. Et bien là, c’est l’inverse. Ce qui veut tout simplement dire que les employeurs qui se plaignent aujourd’hui de ne pas trouver de salariés auront encore plus de difficultés à en trouver demain.

Ces deux auteurs font une autre remarque intéressante et qui éclaire peut-être la position de Villepin. Ils disent en substance : ces créations d’emplois se feront au début, dans les premiers mois. Mais plus on s’approchera de l’échéance des deux ans, plus il y aura de licenciements et donc plus l’effet de la mesure s’atténuera

Ce qui est assez logique, les entreprises attendant la fin du contrat pour se séparer des salariés qu’il faut faire passer en CDI…

Oui, mais on peut se demander si Dominique de Villepin ne fait pas le même calcul. Si cette mesure crée des emplois, même à la marge, dans les mois qui viennent, il pourra les mettre à son crédit dans la campagne présidentielle. Peu lui importe qu’ils disparaissent ensuite s’ils lui permettent d’être élu.

[...]"

Le texte complet, ici.


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