"Chien Méchant, c’était Luz qui voulait sortir un mensuel. C’était très rigolo parce que le jour où il a sorti le mensuel, Philippe Val a piqué une crise de nerfs. Il a pensé que le mensuel allait faire concurrence, donc il a failli intenter un procès à Luz pour détournement d’auteurs de Charlie Hebdo. Après, il a essayé d’emmerder Luz sur d’autres points. Il lui a dit : " c’est simple, à Charlie Hebdo, il y a les fondateurs et ceux qui collaborent... alors tu as six mois de mise à l’épreuve pour nous prouver que tu es l’un des fondateurs ". Il l’a vachement intimidé pour qu’il arrête le canard. Il n’a d’ailleurs pas eu besoin de l’intimider longtemps, parce que le canard, qui était basé uniquement sur de la BD politique, ce qui pour moi était un très mauvais concept, s’est cassé la gueule tout seul." (Martin, en interview sur Hermaphrodite)(*)

Ca c'est pété la gueule, c'était peut-être un mauvais concept, mais c'était bien essayé. Fallait vraiment avoir la gnaque pour tenter le coup, et Luz en avait un bon gros paquet.

De Luz, on a pu suivre la saga des Cambouis sur le net, avant que les dix premiers numéros de cette feuille de zine absolumment géniale, consacrée à l'élection présidentielles de 2002 et ses séquelles immédiates, ne soit éditée chez "l'Association". Comme le dit Siné dans la préface : "Les ordures qui avaient réussi à nous faire voter chirac devaient le payer, cher, très cher. Pas de cadeaux pour ces enfants de salauds! Crac! Boum! Vlan dans les dents! Un festival de gnons, d'insultes, de grossièretés pour ces fumiers qui l'ont bien mérité." C'est un excellent résumé de ce que l'on peut ressentir (même si on a pas voté en 2002 ;-)) à la lecture de cette bédée luzéenne. Mais ça c'était au sujet de Cambouis. Pas de "J'aime pas la chanson française".

Allez va, ya bien quelques trucs droles dedans (le dessin sur les "enfoirés"), mais ça vole pas très haut. Pire, on dirait qu'il prend des pincettes... alors qu'on attendait un festival de mandales, de dessins véners exutoires comme il sait si bien les faire, de caricatures méchantes, outrancières, en plein dans la gueule de ce troupeau d'abrutis qui squattent les ondes et nous vomissent leur soupe depuis trop longtemps dans nos oreilles... Luz fait du dessin gentillet, pas de quoi froisser la boboïtude d'un Delerm ou d'une Robin. Quant à Pascal Nègre, le plus médiatique des maîtres d'oeuvre de tout ce bordel cacaphonique, il fait deux apparitions en sous-Machiavel du show-bizz, même pas de quoi titiller son ego surdimensionné (son côté flic ultra-répressif n'étant pas abordé, pas de raison de craindre les foudres vivendiesques). La fin concernant Yvette Horner est carrément superflue ; okay il kiffe l'ancêtre accordéoniste (il l'a bien précisé dans Ecclektik, un samedi matin, chais plus quand ; c'est pas du deuxième degré) mais c'est pas la peine d'en crober une demi-douzaine de pages quoi..
Bref, comme on dit pour le cinoche "ça aurait fait un excellent court-métrage, dommage que ça dure deux heures".

Sinon au chapitre des réussites, on trouve deux ou trois jeux marrants, dont celui-ci qui a pour mérite de mettre un coup de pied au cul à Didier Wampas (et de classer ainsi celui-ci dans cette catégorie qu'il dit détester -la chanson française de qualité) (j'adore brûler mes idoles, ça leur fait un peu dégonfler le casque)...
Wampas corneille etc..

... ainsi qu'une pure oeuvre de show-bizz fiction ; et si Gainsbarre était encore vivant?

mon zob


Et ouais.
Tant qu'il ya d'la bite...


(*) Il FAUT lire cette interview de Martin, qui raconte la saga ZOO, mais pas que. Martin est un franc tireur, et cette lecture est vraiment salutaire : "[...]Le seul qui ait gardé l’esprit " bête et méchant ", c’est Choron. Il est resté immoral. Le fait d’être immoral, ça te permet d’avoir un peu de recul sur tout, un peu de recul sur l’espèce humaine, sur la vie en général, ça permet de te dire que rien n’est important, que la gauche et la droite, on les a tous eu au pouvoir, et on voit ce que ça a donné. C’est pas du poujadisme de dire ça. J’ai toujours voté à gauche. Depuis que je connais des mecs de gauches et que je travaille à l’Huma, je ne peux plus les blairer. Je ne peux plus les voir en peinture. Pourtant, j’ai toutes les affinités avec eux, au niveau des idées. Mais quand tu les connais, tu sais que c’est faux. Tout ce qu’ils te racontent, c’est faux, archifaux ! Même les anarchistes parisiens, ont une mentalité de curés ! La dernière fois que Choron est passé à Radio Libertaire, il a fait exploser le standard. T’avais toutes les nénettes qui hurlaient. Les mecs, ils avaient cent appels à la minute. Ça a gueulé de partout. On est arrivé a une époque où, bien qu’on ait eu Hara-kiri pendant vingt ans, bien qu’il y ait Moustic ou les Guignols, il faut sans cesse dire aux gens : " Là, tu comprends, c’est du second degré, on déconne ". Pour pas te faire traiter de fasciste, de nazi, ou de toutes sortes de conneries ! Ça devient hallucinant, t’es obligé de tout expliquer de A à Z. Je trouve qu’on a régressé. On est revenu dans les années 60.[...]"

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