Marc Ferro, le nom m'a fait tilter parce que je l'avais vu dans une brochure d'Alternative Libertaire De la révolution d'Octobre à l'Empire éclaté. Un superbe texte, verbatim d'une intervention lors d'un colloque de 81, intitulé "Des soviets au communisme bureaucratique". Il y expliquait de manière très claire et très instructive la pris de contrôle par le parti bolchevique des différent soviets crées par la révolution de 17. Comme ce texte n'était empreint d'aucun arrière goût dogmatique, il m'avait particulièrement plu. Le nom de Marc Ferro n'est pas non plu totalement inconnu du "grand" public, puisqu'il est associé à l'émission "Histoires parallèles" qui a éclairé les lumière de l'Histoire pendant une douzaine d'années sur Arte. Bref, c'est pas un con.
Donc quand je suis tombé sur son bouquin, vu qu'il était pas super épais, je l'ai embarqué. Les tabous de l'Histoire, donc. Comme il est dit en quatrième de couverture, "repérer les tabous nous permet de saisir les non-dit des sociétés à travers la manière dont on nous raconte leur histoire". Et le chapitre relatif à la résistance française et à De Gaulle est assez éclairant. La partie qui nous intéresse concerne la période qui a immédiatement suivi la libération (elle s'inscrit dans un passage relatant le tabou sur la reddition des 18000 hommes de la colonne Elster aux FFI et FTP ; "pourquoi ce silence sur une des redditions les plus importantes de l'histoire de la guerre?"):
"L'évènement se situe au début de septembre 1944. Paris est libérée depuis deux semaines et la France presque toute entière, sauf l'est et le Nord. De Gaulle entre en apothéose après la libération de Paris, il fait un tour de France pour affirmer l'autorité des commissaires de la République qui vont gouverner le pays et pour faire assumer sa légitimité par la nation, qui le reconnaît. Toute la france l'acclame.Il va à Lyon, à Toulouse, à Toulon et la troisième fonction de cette tournée est d'enterrer le maquis. On observe aussi que, pendant cette tournée il honore un certain nombre d'instances et d'institutions, par exemple l'armée bien sûr : de Lattre, Leclerc. A Toulon, il honore la Marine, devant la carcasse des navires qui se sont sabordés en 1942. Il honore la police, il honore la garde républicaine. Mais il n'honore pas les résistants, ou peu. On note, à Toulouse où il se rend, qu'il laisse le grand résistant Ravanel se morfondre au troisième rang des gens qu'il salue, alors qu'il décore l'armée et ce qu'on peut appeler les "officiers naphtaline", c'est à dire de jeunes officiers qui n'ont sorti leur uniforme que depuis la Libération. Ensuite, il a entretien avec Ravanel, pendant une heure, à qui il fait savoir que la Résistance, les maquis, c'est fini ; maintenant c'est la légalité républicaine qui l'emporte. Et Ravanel est renvoyé à la vie civile alors que c'était un héro de la résistance dans le Sud-Ouest. Ce mépris pour les résistants que manifeste De Gaulle pendant ces premières semaines de septembre est quelque chose que tout le monde à plus ou moins noté [...]" (le graissage est de mon fait, vous vous en seriez douté).
"[...]un héro de la résistance dans le Sud-Ouest", que de Gaulle laisse "se morfondre au troisième rang des gens qu'il salue, alors qu'il décore l'armée"... et j'en avais jamais entendu parler. C'est agaçant. Et comme je suis super agacé, j'ai commandé "L'esprit de résistance" (Serge Ravanel) et "Les valeurs de la Résistance" (entretiens avec Serge Ravanel). Je les ai reçu hier.. inutile de vous dire que j'ai hâte des lire. Et que je vais vous en recauser (notamment du fameux entretien avec De gaulle).

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