Ainsi le 29 octobre dernier sarkozy Ier, a souhaité "monétiser les RTT". Quelques jours plus tard, un gang de pollueurs du net se montait en association, et son co-président expliquait avec la totale decomplexitude qui sied si bien aux exploiteurs d'aujourd'hui, qu'il se faisait des couilles en or (massif) "avec de la monétisation d'audience, alors que nous ne produisons pas des contenus." Il oublie au passage de mentionner au passage l'autre composante bien puante du capitalisme 2.0 ; la "monétisation" de la vie privée (l'utilisation à des fins publicitaires des données personnelles des utilisateurs). Mais il faut avouer à leur décharge (c'est le cas de le dire) que "monétiser la vie privée de nos utilisateurs" c'est pas super sexy.

Le capitalisme 2.0 monétise notre vie privée, et Sarkozy Ier veut monétiser notre temps libre. Notre "temps de vie", comme le dit si bien Jean-Marie Harribey. Il faut lire son texte, c'est vraiment salutaire, ça permet vraiment de recadrer les choses, de sortir des propos de comptoirs débilitant que nous assène jour après jour la gangrène médiatico-politique (à ce sujet le Plan B vient de sortir).

"[...] Depuis deux siècles, les travailleurs ont pu récupérer en temps libéré de la contrainte du travail une partie des gains de productivité qu’ils avaient créés : travailler 7 ou 8 heures par jour et non plus 14 ou 16 comme au XIXe siècle, 4 ou 5 jours par semaine et non plus 7, des semaines de 35 à 40 heures et non plus du double, avec 5 semaines de congés payés au lieu de zéro, et, jusqu’à une date récente, travailler 37 ans et demi et non plus jusqu’à ce que mort s’ensuive. Toute l’histoire de l’humanité est tendue vers la recherche du moindre effort, c’est-à-dire pour « économiser » la peine des humains, sauf que le capitalisme n’a jamais concédé cette « économie » que contraint et forcé.

[...]

En proposant de transformer en argent du temps humain déjà passé à travailler, dont il avait été admis qu’il serait récupéré en temps de repos, en temps libéré, en temps libre enfin, promis, juré, parole de l’Etat, Monsieur Sarkozy veut arracher au salarié ce qui lui revenait de droit : son temps de vie.[...]"

 

Et de conclure par cette saillie :

"Il ne reste plus à Madame Parisot et à Monsieur Sarkozy qu’à inventer la monétisation des dimanches, des jours fériés et des congés. Et la monétisation de la retraite ? Ils y pensent… pour éliminer à jamais l’idée même d’augmentation du salaire.

Ce serait d’autant plus ingénieux que cela irait dans le sens de la marchandisation qui gangrène toute la société. La vie humaine : marchandise ; la connaissance : marchandise ; la nature : marchandise ; toute forme de vie : marchandise.

Marchandisez, marchandisez, il ne restera rien ! C’est la démence sénile du capital"

 

Très bien. Sauf que moi, il y a un petit truc qui me chiffonne. Ce sont les pavés de pubs au milieu desquels ce texte a été publié. Pour le co-président d'une association dont le slogan est "Le monde n'est pas une marchandise", je trouve que ça craint du pâté (comme on dit chez les jeunes de quarante ans). Je m'en suis donc ouvert en postant un commentaire (sympathique) qui pointe du doigt ce détail un poil problématique (parce que bon, faut pas déconner, il y a quand même d'autres endroits pour s'exprimer sur le net qu'entre deux tartines de réclames sur le blog de sud-ouest). Mon commentaire étant à ce jour toujours à l'état "en attente de modération", je suppose qu'il va y rester ad vitam... donc je le poste ici.

Ceci est donc ma réaction (commentaire non validé jusqu'à présent) au texte de Jean-Marie Harribey :

Bonjour,

Tout d’abord je tiens à dire que c’est toujours un plaisir de tomber sur un texte qui met des mots (et les bons) sur ce que l’on ressent. Pour cela merci.

Je voudrais toutefois revenir sur un point. Vous écrivez : “Il fallait trouver la formule. Chapeau, messieurs les conseillers en communication !”. Je ne sais pas qui le premier à trouvé le vocable (”monétiser des trucs”), mais il est visiblement dans l’air du temps. Dans un article de 01Net, on peut lire les propos de Pierre Kociusko-Morizet, PDG de PriceMinister et coprésident de l’Asic (Association des services Internet communautaires, et parmi ces services, les blogs).

« […]Il y a de nouveaux modèles de revenus (…) avec de la monétisation d’audience, alors que nous ne produisons pas des contenus. »

http://www.01net.com/editorial/365451/le-web-2.0-francais-monte-son-association/

Donc si je puis me permettre, à la litanie des “monétisations” réelles et potentielles que vous énumérez, vous en oubliez une, la “monétisation d’audience”. Et “Monétiser l’audience”, c’est ce que vous faites en publiant vos billets ici, entre une bannière de publicité pour “Sud Ouest Immo” et un énorme pavé criard vantant les mérites de “La Nouvelle Chaine des Pyrénées”.

Lorsque vous écrivez, “La vie humaine : marchandise ; la connaissance : marchandise ; la nature : marchandise ; toute forme de vie : marchandise”… je me permettrais d’ajouter : “la lecture de ce billet : marchandise”.

Franchement, en tant que co-président d’Attac, ne me dites pas que nous trouvez pas d’autres lieux pour vous exprimer qu’un blog qui “monétise” son audience en imposant de la publicité à ses lecteurs. Cela n’enlève rien (évidemment) à la pertinence du fond, mais ça gâche le message.

Non mon “surf” n’est pas une marchandise :o))

abFab



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