"[...]Pour autant ces détonateursévénementiels (grève des enseignant, mouvement des intermittents.. ndaF) ne font pas du mouvement antipublicitaire le produit d'une "génération spontanée". Ce surgissement a des causes profondes qui nous assurent de sa persistance.
Elément premier, la recrudescence de la pression publicitaire depuis quatre ans. Envahissement de l'espace public : bus pelliculés, marketing olfactif dans les gares, pubs sonores dans les couloirs du métro, "placement de produits" dans les films [...]
Plus profondément, la distorsion croissante entre la précarisation de la France d'en-bas (celle du métro, justement) et les mythes de l'abondance étalés sur les affiches rend de moins en moins supportable le dévergondage publicitaire. Les faux bonheurs de l'hyperconsommation ne cessent de frustrer une partie de ceux qui s'y adonnent ; l'omniprésente célébration de l'argent ne cesse d'insulter les victimes d'une paupérisation qui s'étend.
Or, depuis une vingtaine d'années, les analyses du système médiatico-publicitaie et le travail militant d'un certain nombre d'associations ont créé les voies d'une résistance face à l'idéologie du "tout se vend". Dossiers spéciaux, essais et documents (du
no logo de Naomi Klein au Putain de ta marque de Paul Aries), revues spécialisées (casseurs de pub, Paysages de France, l'Ecologiste) ont orchestré une "publicritique" de plus en plus mordante, dont l'actuel mouvement dit des "antipub" s'est largement nourri pour penser son action.

On comprend dès lors que cette contestation ne se limite plus à un rejet épidermique de la déferlante publicitaire. Elle entre en phase avec d'autres prises de conscience militantes : critique radicale du libéralisme économique et de la cartellisation d'un "monde-marchandise", constat de la dévastation écologique de la planète directement liée aux modèles de vie prônés par les sociétés de consommation, faillite des démocraties dévoyées par les impératifs de l'économisme. Devant l'affiche publicitaire, les plus mûrs des activistes ne se contentent pas d'un coup de griffe ou de gueule ; ils font le lien entre le global et le local, entre l'impérialisme du marché et l'idéologie de la consommation.[...]"



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