(a) Bloguer sur MySpace.com c'est du travail non rémunéré.

Une des principales sources de revenus de MySpace.com vient de la publicité affichée sur ses pages webs. Chaque page web du site rapporte son petit lot d'euros dans les caisses de l'entreprise de réseau social. Or MySpace.com ne rédige aucun contenu des pages web de son site. Les sites classiques de journaux, de webzines, de photozines, ont leurs propres rédacteurs, ou photographes. Ces derniers sont rémunérés par une partie des profits ramassés par la publicité qu'ils affichent sur la page dont ils ont rédigé le contenu. Sur MySpace.com, comme sur tous les sites de type UGC (User generated content), les rédacteurs ne sont pas rémunérés, puisqu'ils sont les utilisateurs du "service". Il ya actuellement 200 millions de rédacteurs (que l'on préfère appeler générateurs de contenu, un peu comme les travailleurs sont devenu de la ressource humaine) qui travaillent pour MySpace.com et qui ne sont pas rémunérés. 200 millions de pigistes bénévoles, de musiciens bénévoles, de créatifs bénévoles, qui écrivent des textes pour MySpace.com, mettent à disposition leur musique pour MySpace.com, et tout cela sans réclamer un centime de rémunération alors que la publicité qu'ils affichent rapportent des milliards. MySpace.com monétise donc pour son propre profit l'activité et la créativité de ses utilisateurs, sans contrepartie financière. Du bénévolat intégral.
En somme MySpace.com transforme en profit le temps libre (et durement acquis) du travailleur. Comme quoi rien ne se perd pour le grand capital. Et ce sont toujours les mêmes qui se font avoir. Et dans la joie, c'est encore meilleur.

(b) Promouvoir MySpace.com c'est du travail non rémunéré.

Promouvoir une marque, on appelle cela un boulot de commercial. Normalement c'est rémunéré. Pas dans le Web 2.0. En plus, commercial, c'est probablement le métier le plus haïs de la planète (avec celui de ministre de l'intérieur et de président-nain).
"Inscris-toi sur MySpace.com et deviens mon ami", répète à qui veut bien l'entendre le commercial de chez MySpace.com. Déjà, être ami avec un commercial, c'est un peu dur, voire risqué, mais avec un commercial bénévole, c'est carrément faire un premier pas vers l'hôpital psychiatrique. Car comme pour ses rédacteurs, MySpace.com ne rémunère pas ses commerciaux. Enfin, pas le pékin de base. Celui avec la cravate et l'attaché-case, lui il gagne des sous pour nous vendre MySpace.com. Mais le gars qui t'envoie cinquante mille liens vers des pages webs sur MySpace.com, celui qui pose partout où il peut sa marque favorite de "réseau social", celui qui pollue tous les forums, qui transforme les fanzines et les livrets de skeuds en support publicitaire.. lui qui met tant d'ardeur à faire la promo de MySpace.com, lui il touche pas un rond. Il le fait gratos le mec. Un gentil commercial bénévole. La créature ultime du capitalisme.

MySpace.com c'est 200 millions de rédacteurs bénévoles et de commerciaux potentiels non rémunérés. Ce que pas un think tank ultra-libéral n'aurait osé imaginé, le web 2.0 l'a fait. Dans le monde merveilleux du capitalisme 2.0 (aussi appelé "tupperware economy", mais je déteste ce terme qui contient en lui-même une marque) les capitalistes n'ont même plus à payer les travailleurs.
Dans le Web 2.0 le citoyen fabrique lui-même le panneau qui accueille la publicité dont il subit les conséquences, et reverse l'argent récolté au mec qui lui a dit où s'inscrire.

(c) Les profits de MySpace.com alimentent la propagation de l'idéologie de droite ultra-réactionnaire.

Reste à savoir où vont les sous. MySpace.com est une marque de News Corp et à ce titre appartient à Rupert Murdoch. Le sujet a déjàété abordé ici (1), sur les moeurs du bonhomme. A noter que la fiche Acrimed a été remise à jour (2). Vous trouverez à la fin de ce billet deux illustrations sur ce que Fox News (la chaine d'information emblématique de l'empire Murdoch) peut asséner à longueur de journée au braves patriotes américains. Donc en se basant sur l'axiome "l'empire médiatique de Rupert Murdoch véhicule de part le monde une idéologie ultra-réactionnaire", on en déduit que les profits générés par MySpace.com en alimentant les caisses du groupe News Corp participent à la propagation mondiale de l'idéologie de droite ultra-réactionnaire.

(a) + (b) + (c) => Les membres de MySpace.com font du bénévolat pour la propagande de droite ultra-réactionnaire. CQFD.

 

Comme on dit dans ces cas-là : "en vous remerciant".

(1) http://leboblog.la-balayette.net/[...]-un-dimanche-soir-a-konstroy
(2) http://www.acrimed.org/article2799.html

 

Illustrations.

- Présentation par Fox News de la victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle. A propos des manifestant, très typés jeunes de banlieues : "si ces animaux n'aiment pas Sarkozy, c'est qu'il doit faire des choses bien".

 

 

- Extrait d'une interview de Serge Halimi donnée à "La-bas si j'y suis", le 5 février. "Serge Halimi ausculte la droite américaine, en compagnie de laquelle le journaliste britannique Johann Hari a voyagé pour son article « En croisière sur le “Titanic” de la droite américaine »" (sur le diplo).




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