[Extraits] No free lunch sur le Web 2.0! Ce que cache la gratuité apparente des réseaux sociaux numériques
Par abFab, samedi 12 juillet 2008 à 00:33 :: Du capitalisme 2.0 :: #253 :: rss
Une analyse fort instructive a été publiée par nos amis de l'UCL (oh ça va) : "Cet article vise à décomposer les principaux mécanismes économiques sur lesquels sappuie le développement des réseaux sociaux et des sites contributifs du Web 2.0. La gratuité dusage, érigée en norme sur Internet, nous y apparaîtra comme la composante partielle dun système de tarification plus large".
On y apprendra ce que sont les biens de consommation "non-rivale" et "non-excluable", les "marchés mutlifaces", etc.. La première partie du document sur l'analyse de l'existant est vraiment passionnante. La seconde partie sur les problèmes moraux, éthiques, de droits d'auteurs, de propriété intellectuelle et compagnie est moins intéressante, en ce qui me concerne.
Voici quelques extraits qui mettent les choses au clair concernant une certaine population particulièrement stigmatisée (à juste titre, oh combien) sur ce blog.
Tout d'abord une petite définition de ce qu'est un marché "multifaces"
"Le modèle daffaire publicitaire a été revisité par la théorie économique récente dans le cadre des modèles de marchés à multiples versants (ou multifaces). Lintuition qui sous-tend le fonctionnement économique dun marché multiface est très simple à saisir en considérant lexemple des cartes de crédits : un réseau de cartes de crédits tels que Visa ou American Express est constitué de deux versants. Dun côté les commerçants, disposés à accepter les cartes comme moyen de paiement et de lautre coté les particuliers désireux de régler leurs achats avec le morceau de plastique en question. Lintérêt pour un consommateur de détenir une carte de crédit dépend directement du nombre de magasins qui sont affiliés au réseau. Réciproquement, lintérêt pour le commerçant de saffilier à un réseau de cartes de crédit est directement dépendant du nombre de consommateurs qui y sont affiliés. La valeur du produit pour une catégorie dagents est positivement corrélée au nombre dagents présents de lautre côté du marché. Nous observons donc la présence dexternalités de réseau croisées : externalités de réseau au sens où la valeur du produit dépend du nombre dutilisateurs et croisées parce que les utilisateurs en question appartiennent à des catégories différentes."
Un petit exemple d'application aux journaux gratos (patience les conos, la tupperware economy pour les -gros- nuls c'est après)
"Dans ce contexte, le problème auquel est confronté le gestionnaire dun site internet est de tirer le meilleur parti de ces externalités en les magnifiant. Une stratégie particulièrement indiquée pour y arriver est de pratiquer une tarification différenciée par groupes. Il serait ainsi particulièrement indiqué de tarifer lutilisation du réseau à un prix très bas pour le groupe le plus sensible au prix (par exemple les consommateurs dinformation dans le cas dun site de news), de façon à augmenter la demande de ce groupe pour le produit; de la sorte ce dernier en devient dautant plus désirable pour lautre groupe (les annonceurs publicitaires) qui, moins sensible au prix, se verra charger des prix plus élevés. Offrir le journal Métro aux lecteurs constitue le meilleur moyen de créer une large audience, ce qui augmente dautant plus lattrait du quotidien pour les annonceurs, qui eux, ne disposant pas de substituts immédiats pour atteindre laudience en question seront disposés à payer le prix fort. Le modèle publicitaire peut donc être vu comme la forme dérivée dun marché biface sur lequel le diffuseur propose via un seul et même support deux biens strictement complémentaires, à destination de deux groupes différents : le contenu proposé (des news par exemple) intéresse directement une audience de lecteurs dont laccès est valorisé par les annonceurs. Notons cependant une spécificité de ce modèle, à savoir le fait quun seul des deux côtés du marché (celui des annonceurs) valorise réellement la mise en contact avec lautre côté (qui lui la subit ou, au mieux, y est indifférent)."
Et maintenant on applique tout ça à notre soupière (un machin avec de la soupe dedans) favorite:
"A nen pas douter, ce modèle est une des composantes centrales des sites du Web 2.0. Ces derniers tirent en effet lessentiel de leurs revenus de la publicité qui est publiée sur les pages affichées par les utilisateurs. Vu sous cet angle, la gratuité qui caractérise lutilisation des sites du Web 2.0 na plus rien de surprenant : il sagit simplement dun système de tarification apte à maximiser le trafic sur le réseau et donc à maximiser laudience potentielle (en rendant le site accessible à un faible coût). Rien de fondamentalement nouveau sous le soleil donc !"
"Le modèle du Web 2.0 a néanmoins ceci de particulier quil propose une valeur ajoutée supplémentaire issue de sa capacité à cibler finement laudience. Cette notion de ciblage est essentielle dans la perspective dun annonceur. A supposer que vous vouliez faire passer une annonce relative à un nouveau modèle de moto, votre problème de ciblage se résume à identifier les consommateurs les plus intéressés par les motos. Plutôt que de diffuser le message à lensemble de la population, vous pourriez vous appuyer sur le fait que selon toute probabilité, les individus qui achètent des revues consacrées à la moto sont intéressés par le sujet. Leur achat révèle donc leur type et fournit linformation de manière indirecte et imparfaite. [...]. La technologie publicitaire idéale est évidemment celle qui autorise un ciblage très fin tout en minimisant la déperdition en termes de nombre. La capacité de ciblage est donc essentiellement une question dinformation.
Le propre des sites sociaux est dêtre basés sur une description assez fine des profils des utilisateurs.[....] Tout est mis en place pour que les utilisateurs de plateformes révèlent spontanément, et correctement, leurs centres dintérêt, puisque cest de cela que la qualité des interactions quils pourront réaliser dépend directement. [...] La vertu principale des sites sociaux est donc de réaliser un appariement à la fois fin et à grande échelle sur base dun vaste ensemble de critères. Les plateformes du Web 2.0 créent les incitants pour que les utilisateurs révèlent correctement leur type. Ce faisant, les utilisateurs contribuent gratuitement à la construction de bases de données multi-dimensionnelles qui seront aussitôt revendues aux annonceurs sous des formes diverses. Et qui seront revendues à prix dor précisément dans la mesure où, au travers de sites, laccès ciblé aux utilisateurs finaux est non seulement possible mais facilité par les requêtes des utilisateurs eux-mêmes. Bref, linformation fournie par les utilisateurs revêt une très grande valeur pour les plateformes; en décidant de saffilier à une plateforme, lutilisateur accepte en fait de céder gratuitement cette information à la plateforme, qui pourra, elle, la vendre aux annonceurs. Dans cette perspective, laccès aux services de la plateforme est bel et bien payant (au sens du coût dopportunité) dans la mesure où lutilisateur cède gratuitement une information quil aurait pu vendre. No free lunch, donc !"
Voilà. Pour les mal-comprenant et les ceusses qui ont donné leur temps de cerveau disponible à coca cola et murdoch, je me permet de souligner again : "les utilisateurs contribuent gratuitement à la construction de bases de données" qui "seront revendues à prix dor" aux annonceurs, et qu'en conséquence " laccès aux services de la plateforme est bel et bien payant dans la mesure où lutilisateur cède gratuitement une information quil aurait pu vendre".
Et la thune versée ne se chiffre pas en euro, mais en part de vie privée.
Pour récapituler. Afin d'avoir une page myspace toute pourrie, Faust
l'utilisateur livre une part de son âme sa vie privée qui
est aussitôt revendue à prix d'or par Mephistophéles
Rupert Murdoch aux annonceurs publicitaires.
Tags : document, myfesse





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