Gorki libéré..
Par abFab, lundi 1 septembre 2008 à 12:00 :: Résistance et Piraterie :: #263 :: rss
Le musicien cubain Gorki Aguila, leader du groupe de rock punk Porno Para Ricardo, a été relâché par un tribunal de La Havane, vendredi 29 août, après quatre jours de détention. La cour lui a imposé une amende de 600 pesos (20 euros).
L'audience a été interdite à la presse étrangère et aux diplomates occidentaux. Mais Elizardo Sanchez Santa Cruz, animateur de la Commission cubaine pour les droits de l'homme et la réconciliation nationale (non reconnue par les autorités), le père de l'inculpé, le guitariste de la bande et la blogueuse Yoani Sanchez (Génération Y), ont été admis dans la salle du tribunal.
Gorki Aguila comparaissait pour "dangerosité", une figure du code pénal cubain passible de quatre ans d'emprisonnement. D'après Elizardo Sanchez, le procès, commencé avec dix heures de retard, a été "une farce". "La charge de dangerosité est une monstruosité juridique contre des personnes qui n'ont commis aucun délit, a-t-il expliqué. Ce qui est préoccupant, c'est qu'on s'en sert contre des dissidents. Si cette charge disparaissait du code pénal, des milliers de personnes sortiraient des prisons."
Au procès, l'accusation reposait sur les témoignages de deux policiers et de la présidente du "Comité de défense de la révolution", l'organisme de surveillance du quartier. "L'inculpation de dangerosité a été transformée en désobéissance, mais ils n'ont rien pu prouver, assure M. Sanchez. La motivation était purement politique. (Gorki Aguila) a été arrêté et maintenu quatre jours dans un commissariat, dans des conditions inhumaines, uniquement à cause des paroles de ses chansons."
FIDEL CASTRO, "LE COMA AMBULANT"
Outre ses "paroles contre-révolutionnaires", les autorités reprochent au musicien sa "conduite asociale, de ne pas aller voter aux élections, ni participer aux réunions et activités politiques", affirme Ciro Diaz, guitariste de Porno Para Ricardo. "Nos chansons portaient sur le sexe, mais on a commencé à nous harceler et réprimer, alors nous avons réagi, a-t-il ajouté. C'est ce qui nous a poussés là où nous sommes."
Après le disque "Je suis porno, je suis populaire", le groupe a enregistré un album intitulé "Je n'aime pas la politique, mais la politique m'aime bien, camarade". Une chanson écrite après la maladie de Fidel Castro raille "El Coma andante" (le Coma ambulant). "Ces années de faim et d'ombres portent toutes ton nom, Fidel", disent les paroles. Le disque en préparation s'intitule "Comité gériatrique central".
Figure de la scène underground, Gorki Aguila, 39 ans, travaille à l'atelier de sérigraphie de l'Institut cubain de l'art et de l'industrie cinématographiques (Icaic). En 2005, il a été condamné à quatre ans de prison, dont il a purgé la moitié. Cette condamnation pour usage de stupéfiants l'a empêché de participer au tournage du film Habana Blues (2005), réalisé par l'Espagnol Benito Zambrano.
La nouvelle arrestation du leader de Porno Para Ricardo a suscité des protestations à Cuba et à l'étranger. Jeudi, pendant un concert sur le Malecon (le bord de mer de La Havane), un groupe de protestataires a été malmené par la police.
Une pétition d'intellectuels cubains en exil, dont le musicien Paquito D'Rivera, avait demandé à des artistes cubains comme Pablo Milanés et Omara Portuondo de manifester leur soutien à Gorki Aguila. Les chanteurs espagnols Miguel Bosé et Alejandro Sanz avaient rejoint les pétitionnaires. "Je suis fier de toutes ces personnes qui ont exprimé leur solidarité et je sens davantage de haine contre cette dictature", a déclaré le leader de Porno Para Ricardo à la sortie du tribunal.
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Interview dans Courrier International
CUBA - Pourquoi le régime n'aime pas la musique de Gorki
Porno para Ricardo. Drôle de nom pour un groupe de punk aux paroles critiques envers les autorités. A tel point que le leader du groupe, Gorki Luís Aguila, s'est retrouvé en prison. Reforma, quotidien mexicain, a eu la chance de l'interviewer quelques jours avant son arrestation.
Les autorités cubaines ont arrêté lundi 25 août le musicien Gorki Luís Aguila, leader de Porno para Ricardo, considéré comme le groupe punk underground le plus contestataire de l'île. Déjà condamné en 2003 à quatre ans de prison pour possession de drogue, il avait été remis en liberté provisoire en 2005. Il devait être jugé ce vendredi [29 août] pour "dangerosité sociale prédélictuelle". "Au pays des dinosaures, ceux qui ne sont pas verts et n'ont pas d'écailles inspirent la méfiance", déclarait ce compositeur de 39 ans peu avant son arrestation. "Dès les années 1960, le dinosaure numéro 1 a mis les intellectuels au parfum : après avoir posé son pistolet sur son bureau, il leur a dit qu'en dehors de la révolution, ils n'avaient aucun droit".
Fondé en 1998, Porno para Ricardo a été relégué à la clandestinité pour anticastrisme affiché. "Si tu partages mon secret bien caché, je te dirai que je conspire contre lui / Et nous sommes des millions à demander à Dieu qu'il arrête enfin de faire battre son cœur / Car sa vie est une douleur disséminée / Plus vite il mourra mieux ça vaudra. / Ces années de faim et d'ombre / Portent toutes ton nom, Fidel", dit l'une des chansons du groupe. Entretien.
Pourquoi avoir choisi la confrontation directe ?
Gorki Luís Aguila La manière indirecte est une arme classique contre de nombreuses tyrannies. Les artistes ont tendance à suggérer et à métaphoriser quand ils veulent faire une œuvre contestataire. Il y en a même qui disent que c'est la seule manière pour les artistes de lutter contre un tel régime. Ce qui revient à dire que la manière directe n'a pas la poésie de l'art véritable, qu'en somme ce n'est pas de l'art, malgré les risques que l'on prend. Je peux tout à fait écrire des chansons "indirectes", plus poétiques, mais dans celles où j'exprime mon désaccord avec le régime et ses représentants, j'ai toujours préféré leur cracher la vérité au visage, ça me paraît plus amusant.
Que pensez-vous de "Che" Guevara ?
C'est un assassin.
Que représente pour vous la révolution cubaine ?
Une véritable escroquerie.
Vous admirez quelqu'un, un musicien, un écrivain, un guérillero ?
Comme musicien, j'admire beaucoup Alicia Alonso [danseuse et chorégraphe cubaine], comme écrivain, Juan Formell [bassiste du groupe Los Van Van] et comme guérillero George W. Bush.
Au Mexique, les groupes de rock, de punk ou de métal critiquent le capitalisme, certains se présentent comme des héritiers de "Che" Guevara ou de la révolution cubaine, mais vous, vous faites tout le contraire. Pourquoi ?
Le capitalisme est terriblement critiquable, tout comme le communisme et le socialisme. Ce qui est triste, c'est de confondre et de prôner comme solution de rechange le contraire de ce que l'on critique. Pour moi, défendre mes idées anticastristes ne signifie pas défendre implicitement le capitalisme. A mon avis, ces gamins qui défendent la révolution cubaine et le Che sont paumés et mal informés.
L'année prochaine, on célèbre le cinquantième anniversaire de la révolution cubaine. Quels sont les bienfaits et les méfaits que vous lui attribuez, avec le recul ?
Il faudrait que je lise plusieurs fois Granma [le quotidien officiel du régime] pour pouvoir répondre à cette question... Mais ça fait surtout une année de plus et un total de cinquante, cinquante longues années de décadence et de mensonges.
Vous considérez-vous comme les meneurs d'une contre-culture cubaine ?
Nous n'avons qu'un seul meneur dans notre culture et notre contre-culture, c'est le coma-andante ["coma ambulant", jeu de mots avec comandante, surnom donné à Fidel Castro depuis qu'il est malade]. Il serait assez immoral de priver le vieux de son autorité sur son lit de mort.
Propos recueillis par Jorge Ricardo
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